|
Annabelle
Rea présente le premier orateur
de la matinée; Joseph-Marc
Bailbé (Université de
Rouen) qui nous entraîne à
«Des jardins d’Italie
aux jardins berrichons: une promenade
dans l’imaginaire de George
Sand» Son exposé, divisé
en quatre parties, nous emmène
d’abord dans le jardin italien
de différentes villas italiennnes,
où Sand préfère
«aux jardins arrangés»
«le jardin naturel», puis
dans le jardin du Berry. J.M. Bailbé
nous conduit ensuite par une synthèse
des tendances dans un circuit romanesque
et finit au jardin refait refuge.
A noter que même dans le Berry,
l’Italie n’est jamais
oubliée.
Olga
Kafanova (Université de Tomsk,
Russie) nous parle du« Jardin
romantique dans l’œuvre
de George Sand et la culture russe
domaniale». L’oratrice
nous expose la notion russe de la
«culture domaniale» dans
l’étude des œuvres
littéraires et l’intérêt
de l’œuvre de George Sand
à la lumière de cette
notion. Elle cite surtout Valentine
et son influence possible sur Pouchkine,
sa ressemblance avec les œuvres
de Gontcharov, Tourgueniev.
Après
la discussion et la pause, Annabelle
Réa donne la parole à
Henri Bonnet, Inspecteur général
honoraire de l’ Education nationale,
sur «Le bouquet sandien, des
Lettres d’un voyageur
aux Nouvelles lettres d’un
voyageur». Son riche exposé
s’ordonne en trois points, tout
d’abord la poésie descriptive,
puis l’art poétique,
enfin le rapport avec la mort. Quarante
ans séparent les deux ensembles
de «Lettres ». George
Sand a progressé dans la science
des fleurs. Henri Bonnet répète
le vers de Paul Valéry,«le
don de vivre a passé sans les
fleurs». Entre les premières
Lettres et les Nouvelles,
il y a non seulement le progrès
de l’étude scientifique
mais aussi beaucoup de deuils dans
la vie de la romancière-botaniste.
Angels
Santa (Université de Lleida,
Espagne) nous parle des «jardins
sauvages de George Sand». Après
avoir cité - comme la plupart
des intervenants - Rousseau, elle
se concentre sur Majorque, la chartreuse,
sa superbe sauvagerie et son influence
sur Spiridion dont la chartreuse
est le cadre. Majorque demeurera dans
l’imaginaire de George Sand,
comme dans celui de Chopin.
Yvon
Le Scanff (Université de Paris
IV) termine la matinée avec
«George
Sandet la poétique du jardin
naturel dans les Nouvelles lettres
d’un voyageur». Son
exposé en trois points tourne
en partie autour de la notion du sublime.
Il rappelle la préférence
pour le jardin naturel, que nous avons
déjà entendue, le jardin
anglo-chinois, mais n’exclut
pas, bien au contraire, l’action
de l’homme dans le paysage.
Le jardin pointu d’Antibes,
par exemple. Et il cite l’oasis.
L’apres-midi,
sous le titre «Langages»
et la présidence de Pascale
Auraix- Jonchière, Eric Francalanza
(Université de Bordeaux III)
nous parle de «l’hortus
amoenus de George Sand: des traités
sur les jardins au XVIIIème
siècle à Histoire
de ma vie». Histoire
de ma vie est-elle l’histoire
des jardins? Eric Francalanza énumère
les divers jardins de George Sand
et les divers traités de l’époque
que George Sand connaissait sûrement.
Il termine par le «locus
amoenus» qui abrite le fondamental
Corambé.
Catherine
Botterel-Michel (Université
Paris 1V), traite du« Langage
des fleurs dans quelques récits
romantiques: une réécriture
des manuels de botanique » et
de son œuvre. Les fleurs parlent;
et pour soutenir cette affirmation,
Catherine Botterel-Michel cite trois
romans: André, Antonia
et Le Lys dans la vallée.
La femme est elle-même fleur.
Eve
Sourian (City College, CUNY, U.S.A.),
dans «Ce que disent les jardins:
Isidora et Les Nouvelles
lettres d’un voyageur»,
affirme que Balzac peint les maisons,
George Sand les jardins. Elle décrit
l’éden de Julie. L’Italie
est encore présente dans Les
Nouvelles lettres avec la villa
Pamphili et le jardin de Juliette
Lamber, le jardin de Tamaris.
Françoise
Sylvos (Université de la Réunion),
dans «Du côté de
la symbolique du jardin dans Le
Compagnon du Tour de France »
nous présente le mythe du jardin
– éden sous l’angle
socio-politique. Citant Fourrier,
Proudhon, St Simon, elle traite de
la question de la grande et de la
petite propriété. Walter
Scott est aussi invoqué. Pierre
Huguenin termine par une vision grandiose
du parc de Villepreux devenu un éden,
un lieu de réconciliation avec
Yseut et leurs deux familles.
Tatiana
Antolini-Dumas (Université
Clermont II) dégage les différents
aspects et les différents rôles
des multiples jardins de Consuelo
dans sa communication, «Les
jardins de Consuelo».
Jardin secret, régulier, mais
aussi luxuriant du chanoine, protecteur,
où grandiront les deux enfants
de Consuelo. Le roman s’ouvre
sur une infinité de jardins
qui protègent ou mettent à
l’épreuve: parc des Invisibles,
jardin anglo-chinois, jardin d’Albert
en relation avec le souterrain…
.
Henriette
Bessis (Université de Paris
I) nous propose, diapos à l’appui
(en particulier d’intéressantes
dendrites de George Sand et de Maurice),
«Fleurs et bouquets dans l’œuvre
plastique de George Sand ».
La fille spirituelle de Rousseau qui
avait sans doute lu Humboldt et Goethe
disait qu’il fallait «apprendre
à voir» et que «le
beau était partout».
Le
jeudi 5 février à 8h30,
le colloque accueille Madame Reine
Prat, chargée
de mission pour l’année
George Sand au Ministère de
la Culture. Puis sous le titre, «De
la botanique à la symbolique»
et la présidence d’Eric
Francalanza, écoute Jean- Pierre
Leduc-Adine (Université de
Paris III-Sorbonne Nouvelle) parler
de «George Sand et Jules Néraud
botanistes». George Sand a volé
à son complice en botanique
Néraud des fleurs. Il connaissait
Linné, Humboldt, le Larousse.
«Il était un initiateur
admirable». Pour son second
point, l’orateur mentionne l’usage
des carnets de Néraud à
propos d’Indiana.
Simone Vierne (Université de
Grenoble III), dans « Poésie
de la botanique»,
précise que la botanique, les
sciences naturelles sont un des moteurs
de la création pour le romantisme
et pour George Sand, en particulier.
Elle cite naturellement Jules Néraud
et esquisse un parcours rapide de
l’importance de la botanique
pour George Sand sa vie durant. Pour
son œuvre, elle cite André
que nous retrouvons, après
CatherineBotterel-Michel, ainsi que
Mademoiselle Merquem, Nanon
, Aldo le Rimeur, un panthéisme
qui l’apparente à Victor
Hugo. Colette retrouvera sa science
des détails.
Simone
Bernard-Griffiths (Université
de Clermont II), dans «Fleurs
et jardins de l’écritoire
dans Antonia», se livre
à l’étude d’Antonia,
roman de fleur consacré à
une mystérieuse liliacée,
prénommée Antonia, fille
d’Antoine, le jardinier, roman
où les jardins sont omniprésents.
Le jardin a une fonction diégétique.
C’est un lieu de communication.
On retrouve la femme fleur que nous
avons vue avec André.
La fleur «Antonia» est
traitée comme une femme, prénommée
qu’elle est déjà.
Watteau n’est pas loin dans
ce roman, avec le décor de
«L’embarquement pour Cythère».
Dans son troisième point, réflexion
sur l’art, sont confrontés
les deux arts, du pépinièriste
et du peintre, car Julien, neveu d’Antoine,
est peintre. (Antoine, par ailleurs,
n’a rien d’un artiste.
Il ne comprend rien à la peinture
de son neveu). Le roman se termine
par le mariage de Julie et Julien,
déjà apparentés
par leurs prénoms et l’éclosion
d’une liliacée encore
plus belle que la précédente
Antonia, prénommée Julia
Antonia Thierrii.
Damien
Zanone (Université de Grenoble
III), dans «Jardins narrés,
jardins de l’âme»,
recherche les «scènes
de jardin» qui sont des moments
de vie spirituelle qui lui font prononcer
le nom de Sainte Thérèse
d’Avila. George Sand connaît
d’ailleurs cette traditiond’oraison
dans le jardin. (Corambé dans
son enfance, des ouvrages du couvent).
La « maison déserte »
se fond avec le jardin.
Emmanuel
Flory (Université Clermont
II), dans «Sémiologie
des fleurs dans Mauprat »,se
réfère, lui, à
ce livre où un des personnages
principaux, Patience, herborise comme
Rousseau. Chaque personnnage a son
correspondant dans les fleurs: Edmée,
par exemple, est une petite marguerite
pour Bernard, Bernard qui sera apaisé
par le jardin. On retrouve une tradition
celtique dans ce roman avec le chêne
emblème de l’hosptitalité.
La femme fleur s’y retrouve
aussi. Le parc final détient
un hortus amoenus et le jardin
a des résonances cosmiques
et lyriques.
L’après-midi,
sous la présidence de Françoise
Guyon, Nicolas Courtinat (Université
Clermont II) nous parle des «
Fleurs et jardins dans Lélia:
esthétique, symbolique, mystique»,
plan qu’il suit scrupuleusement
pour nous dire que dans l’œuvre
la plus mystérieuse de George
Sand, le jardin est le moment le plus
stratégique de l’œuvre.
Nous sommes dans un monde d’une
beauté exceptionnelle. Lélia
est une nouvelle femme fleur, dans
ce nouvel éden où les
parfums coulent à flots comme
une eau bienfaitrice. Lélio,
lui, est l’homme fleur, le lys.
Lélia est une rose blanche
que Magnus voit se transformer en
serpent. La fin voit une unité
mystique, avec Sœur Maria del
Fiore enterrée sous les lauriers
roses.
Puis
Pascale Dewey (Kutztown University,
USA) - comme l’orateur suivant
- revient à André,
avec «L’éternel
été de la femme-fleur
artiste dans André».
Entre la grisette, Geneviève,
autre femme fleur, qui devient une
véritable artiste dans un parcours
initiatique au sein de sa petite maison
et André, nourri de Byron et
de Walter Scott dans son château,
se noue un amour de fleur qui va tuer
Geneviève qui ne peut s’épanouir
que parmi ses fleurs et non au Château
où elle sera privée
de ses racines.
Alex
Lascar (Université Paris IV),
dans «La présence et
le rôle des fleurs dans André
»,compare ce roman à
Eugénie Grandet, car il s’agit d’une histoire de la vie privée basée
sur des fleurs. André est le
botaniste que Geneviève va
admirer. Il mêle Geneviève
à son jardin botanique. Mais
André, comme Narcisse, ne réussira
pas à sortir de soi. On retrouve
le château malfaisant avec les
fleurs vénéneuses de
l’étang proche. Geneviève
meurt comme une autre héroïne
de Balzac, Madame de Mortsauf, mais
elle est singulière parce qu’elle
est à la fois ouvrière
et artiste.
Monica
Hjortberg (Univesité de Karlstad,
Suède), dans «
L’Homme de neige et la
rose du Nord Ȏvoque
ce paysage nordique où à
première lecture, végétation
et flore sont absentes et où,
l’héroïne au prénom
de fleur, la ravissante Marguerite,
ne veut pas se marier. Christian,
qui a vécu en Italie chez ses
parents adoptifs et qui cherche ses
parents biologiques, est l’homme
du sud attiré par le nord -
et Marguerite,«la rose du nord».
Le blanc peut être couleur du
passage, de toute sorte d’initiation.
Christian s’intéresse
à la botanique et à
la minéralogie. Avec le printemps,
Christian retrouve son identité
et il pourra épouser la marguerite-rose,
reine de ces lieux d’où
la flore n’est pas exclue.
François
Kerlouégan (Université
Paris IV) a choisi de revenir à
Lélia. Dans
«Le lys et le lotus: Motif floral
et défaillances de l’éros
dans Lélia». Dans
ce grand texte romantique sur l’impuissance
féminine, François Kerlouégan
suit de près le motif floral.
Les fleurs pures telles que le lys,
la rose blanche, disent un refus conscient
du corps, un éros éteint,
insatisfait. Le lys est fané,
flétri.
Un
autre réseau de fleurs existe,
de fleurs sensuelles, la violette
sauvage, l’herbe moite, les
orangers et les myrtes, les jasmins.
La fleur lascive entre toutes est
le lotus; Magnus emmène Sténio
dans un réseau de lotus. Mais
ce lieu est rejeté. Le lotus
est aussi une fleur de l’oubli,
une fleur exotique. Lélia rêve
de tropiques. Le liseron est l’autre
symbole de la frigidité de
Lélia. La femme et la fleur
connaissent le même échec.
Mais la fleur sauvage peut s’imposer,
au printemps dans l’abbaye en
ruines, c’est un foisonnement
de vie. L’éros de la
femme renaît.
Marie-Cécile
Levet (Université Clermont
II) traite des « Fleurs et jardins
dans Marianne Chevreuse »,
roman qui n’a pas encore été
cité. Ce récit est encore
conduit par la nature dans le cadre
du Berry. Philippe veut épouser
Marianne, qui veut épouser
son parain absent qui doit revenir.
Philippe se perd dans ce pays qu’il
connaît mal. Mariannne a un
jardin assez petit, mais charmant.
C’est un véritable jardin
médiéval, une véritable
œuvre d’art. C’est
l’Elysée de Julie. Le
parrain, Pierre, revient enfin: «la
nature, c’est comme l’amour,
on sent par le coeur».
La
journée se clôt par un
agréable dîner où
de jeunes comédiens de la ville
ponctuent le repas de séquences
tirées des romans de George
Sand en les mettant en scène.
L’animation est très
réussie, le dîner fort
gai. Tout le monde se retrouve le
vendredi 6 au matin à 9 h «Autour
du végétal: politique
, poétique», sous la
présidence de Jean-Pierre Leduc-Adine
(Université de Paris III -
Sorbonne Nouvelle). C’est Marianne
Duflot (Université de Rennes
II) qui ouvre la séance avec
«Marguerite, Reine des jardins?».
Marguerite est l’héroïne
du conte de George Sand,« La
reine Coax
». C’est une petite fille,
attirée par les batraciens,
qui vit avec sa grand-mère,
comme la jeune Aurore, qui décide
avec la permission de la dite grand-mère
d’assainir le jardin. Mais la
petite marguerite écoute une
superbe grenouille et on entre dans
le fantastique et, en même temps,
des souvenirs de la jeune Aurore toujours,
parce qu’un cousin qui ressemble
à Hippolyte Chatiron se moque
de Marguerite. Le jardin à
l’anglaise devient un jardin
à la française. L’eau
manque, mais grace à Marguerite,
elle devient limpide et claire, l’eau
mythique du placenta autour de l’enfant,
l’eau qui permet les rencontres.
De quelle Aurore est-il question,
la grand-mère réelle,
la jeune Aurore Dupin, la petite Aurore
Dudevant? De quels secrets de famille
dans les eaux qui furent stagnantes?
Gérard
Chalaye (Université de Rennes
I), avec «Boisguilbault- Chateaubrun
(1845) le jardin romantique et utopique
»,aborde un autre roman où
jardin et doctrines de Rousseau, Leroux
et autres se mêlent. Le parc
de Monsieur de Boisguilbault est-il
un parc à la française?
Oui, car il est du côté
de la clôture, même s’il
n’est pas clos. Il ouvre sur
l’avenir, il a fallu attendre
le XIXème siècle pour
que les parcs royaux deviennent libres.
Quel est son rapport avec l’agriculture,
avec Jappeloup, l’homme de la
nature? Mais il contient en son sein
un jardin anglo-chinois laissé
à l’abandon. Ce jardin
sera-t-il le siège de la commune
édenique? Les physiocrates
disent alors que les terres réservées
à l’agrément doivent
être séparées
des terres réservées
à l’agriculture. A la
fin du roman: «ceci sera le
jardin de la commune»; George
Sand a en tête Boussac où
se sont installés Leroux et
son groupe, mais comme le fera remarquer
Michèle Hecquet dans la discussion,
Leroux y a installé une imprimerie
et non un parc.
Suzel
Esquier (Université de Paris
IV) nous ramène aux Contes
d’une grand-mère,
en étudiant la flore dans les
dits contes. Dans sa première
partie, Suzel Esquier revient à
Jules Néraud et à l’enfance
à Nohant. Dans ses contes,
George Sand projette beaucoup de souvenirs
divers, le voyage en Auvergne, les
Pyrénées, sans compter
les voyages imaginaires dans les lieux
d’une autre vie. La nature parle
aux hommes. On trouve un panthéisme
assez semblable à celui de
Victor Hugo.« Tout vit».
«Ce que disent les fleurs».
Il s’agit d’une véritable
conception lucrécienne de la
nature. Tout s’engendre, tout
est atome. Nous avons eu d’autres
vies.
Pierre
Laforgue (Université de Besançon)
nous entraîne dans «Bergeries
sandiennes: François le
Champi et La Petite Fadette».
D’entrée de jeu, l’orateur
nous déclare que le jardin
sandien, omniprésent dans les
romans, est un espace critique. Mais
un terme nouveau apparaît dans
les romans régionaux, berrichons,
celui de «bergerie». Il
s’agit, en fait, de refonder
le contrat social. Il n’est
que de lire les préfaces de
ces romans. Le rêve de la pastorale
s’oppose aux convulsions de
1848.« Une fée, une fadette,
une figure de la république…».
Nicole
Savy (Musée d’Orsay,
Paris), dans «Minéral
et végétal: les dendrites
de George Sand ou comment ‘faire
de la nature’ », fait
un exposé très technique
sur l’art de la dendrite, ou
l’art d’utiliser des taches.
L’imagination de l’écrivain
est grande mais elle ne quitte pas
le réel comme Hugo. Elle crée
du réel (Cf sa correspondance
avec Champfleury et Flaubert, sa fascination
pour l’action vitale de Michelet).
Cet exposé complète
celui de Henriette Bessis.
L’après-midi,
sous la présidence de Simone
Vierne, démarre par la communication
de Claudine Grossir (IUFM Paris).«
Variations sur un motif littéraire:
le pavillon dans le parc ».
Le pavillon est, depuis La Princesse
de Clèves, un motif littéraire.
Qu’en fait George Sand? L’oratrice
cite Valentine, La Comtesse
de Rudolstadt, Le Compagnon
du Tour de France, Antonia
et d’autres textes encore où
il apparaît sous diverses formes.
C’est le lieu où l’on
peut être observé sans
être vu et vice versa.
Michèle
Hecquet (Université de Lille
III) s’interroge, dans «Jardiniers
et jardinage dans l’œuvre
de George Sand», sur la réalité
concrète des jardins de Sand.
Les jardins existent, ce colloque
l’aura assez richement démontré,
mais le jardinier, «l’homme
à la bêche»? Passant
en revue les divers romans et tout
spécialement les romans socialistes,
Le Péché de Monsieur
Antoine, par exemple, elle constate
que même Jappeloup n’est
pas un vrai jardinier, et sûrement
pas le marquis, ni le jeune Cardonnet.
Le réalisme de George Sand
ne va pas jusque là. (En revanche
la Correspondance et Histoire
de ma vie sont remplis de scènes
de jardinage). Hugo a une vision beaucoup
plus concrète.
Pascale
Auraix-Jonchière (Université
Clermont II) nous ramène au
mythe de l’éden dans
une communication intitulée«
Géopolitique de l’Eden
sandien», d’après
trois romans, André,
que nous retrouvons, Evenor et
Leucippe et Marianne. On
sait que, en particulier dans Evenor
et Leucippe, George Sand, telle
Dieu le Père, refait la Genèse
ou quasiment. L’éden,
pour Sand, est un lieu concave, une
vallée splendide, un parc floral.
Dans les deux autres romans, les jardins
sont des éden. Mais ces éden
se méritent. Eve, Geneviève,
Marianne se méritent. On l’a
déjà vu avec les autres
études d’André,
il faut une initiation (qui ne sera
pas réussie dans le cas de
ce roman). Quoiqu’il en soit,
l’éden est notre premier
jardin, le jardin de notre enfance
et de nos premiers souvenirs, le jardin
de Chaillot de Histoire de ma vie.
Mary
Rice- Defosse (Bates College, Lewiston,
Maine, USA), dans «Le Péché
de Monsieur Antoineet le paradis
retrouvé», nous ramène
à ce roman et à l’éden,
le hortus amoenus. L’oratrice
résume le livre et on retrouve
certains des thèmes de l’intervention
de Michèle Hecquet. Après
la mort du marquis, Gilberte et Emile
mettront en commun leur commune. Le
jardin préfigure un projet
plus vaste, qui est une critique du
capitalisme industriel.
Et
Annabelle Réa (Occidental College,
USA) termine la journée avec
«Narcisse ou la réécriture
d’un mythe». Dans ce roman,
toute l’action est en plein
air, et chacun des personnages ou
presque a son jardin. Juliette de
L’Estorade, qui vit au couvent
sans être religieuse et qui
a des interdits sexuels et sociaux,
Narcisse Pardoux, près de son
café, attenant au théâtre,
attenant au couvent lui-même.
Narcisse est donc cafetier, au XIXème
siècle, entre 1820 et 1860
la vente des vins st spiritueux se
développe. Son nom de famille,
Pardoux, évoque le paradis,
son petit jardin qui pour lui est
empli de souvenirs, car il était,
enfant, libre comme les petits paysans.
Juliette au couvent, comme cela se
faisait à l’époque,
cultive à sa fenêtre
du jasmin. Quand les héros
auront accompli au printemps leur
métamorphose, quand le mariage
entre Narcisse et Juliette a enfin
lieu, Juliette meurt, réécrivant
le mythe de Narcisse. A travers elle,
l’écrivain fait un portrait
sensible et complexe d’une jeune
femme qui, comme la Princesse de Clèves,
a peur de l’amour et de quitter
son milieu.
La
dernière matinée, «Chemins
de traverse en guise de conclusion»,
sous la présidence de Simone
Bernard-Griffiths (Université
Clermont II), voit se succéder
trois orateurs. La première
est Barbara Dimopoulou (Université
de Paris IV), «Le monde des
végétaux chez Sand et
chez Michelet». On trouve dans
la Correspondance et les Agendas
des références à
l’œuvre de Michelet, qui
suivit parfois des conseils de George
Sand. Tous les deux ont des lectures
communes, comme Humboldt. Tous les
deux étaient panthéistes.
Pour les végétaux, cependant,
Sand préférait Geoffroy
St-Hilaire et Cuvier. Tous deux croient
à la métempsychose.
Bernard
Hamon (Université de Paris
VIII), nouveau président des
«
Amis de George Sand», a un titre
mystérieux, «Car il est
temps d’y songer, la nature
s’en va…», titre
qui s’explique vite et que l’orateur
citera en conclusion, puisque c’est
une phrase de l’écrivain
elle-même. Il commence par des
considérations historiques.
Déjà dans les années
40, quand Chateaubriand finit ses
Mémoires il est conscient
du changement. Paris dépasse
le million d’habitants, le chemin
de fer est en plein essor, les terres
sont défrichées, Geoffroy
St-Hilaire affirme l’évolution
générale, à laquelle
George Sand souscrit, mais elle n’en
deviendra pas son porte-parole. Elle
lit Darwin et le fait lire à
Maurice. Le critique aussi. Toujours
dans ces années, George Sand
a l’occasion de voir des Indiens
et s’intéresse vivement
à leur culture. Il faut progresser,
mais progresser avec discernement,
pas comme Cardonnet, l’ingénieur
qui brutalise la nature et échoue
devant elle. Il faut déboiser,
mais pas trop, car il est temps d’y
songer…La nature n’est
pas inépuisable…
Marie-Christine
Garneau de l’Isle Adam (Université
d’Hawaï, USA) nous présente
la « Représentation florale
de George Sand, Camille Maupin, l’homme
aux camélias, dans Béatrix
de Balzac ». On sait que George
Sand donna à Balzac l’idée
du roman et que Camille Maupin= Félicité
Destouches est inspirée par
Sand. Mais dans le roman, les jeux
sont subtils et Marie-Christine Garneau
de l’Isle Adam va se livrer
à un brillant exercice de style,
renvoyant dos à dos les deux
femmes – George Sand et Marie
d’Agoult sans trêve. Dans
le roman, où sont les fleurs?
Béatrix est une rose, Félicité
un camélia. Balzac écrivait
en même temps Les Illusions
perdues, quand Camille Maupin
apparaît, le recueil des Marguerites
contient les «camélias».
Balzac s’intéresse à
l’hermaphrodite végétal,
Camille Maupin, car le camélia
est un monstre dans la nature. L’étude
de ce livre se prête beaucoup
à l’intertextualité,
ce à quoi l’oratrice
se livre avec virtuosité.
Le
moment est venu de clore ce colloque
si fleuri dans tous les sens du terme,
et c’est Marie-Cécile
Levet (Université Clermont
II) qui nous offre une belle synthèse
sur les jardins, les fleurs, les jardiniers
absents, les lieux, le Berry, l’Espagne,
Paris, la recherche du sublime, les
femmes-fleurs, le code floral du XIXème,
les jardins de l’âme,
les jardins et la politique avec,
en particulier, «le jardin domanial»,
et les mythes, de l’Eden et
de Narcisse.
|