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| George
Sand at Nohant by Françoise Gilot. Copyright
1986 |
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| Articles > George
Sand et les arts visuels (1804
1837) |
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Une
table à dessin ou un bureau ?
George Sand et les arts visuels (1804
1837)
Nicole Savy, musée d'Orsay
Article publié dans Mélanges
en hommage à Françoise Cachin,
Gallimard-Réunion des musées
nationaux, 2002
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Victor Hugo fut un très
grand dessinateur, inventeur d'un univers
visuel nouveau ; Alfred de Musset, d'après
Delacroix, "aurait fait un grand peintre,
s'il eût voulu[1]" ; Charles Baudelaire
dessinait, à la plume, de bons portraits
et autoportraits ; Eugène Fromentin
partagea également ses talents entre
la littérature et la peinture. Il doit
exister un rapport entre le geste d'écrire
et le geste de dessiner. George Sand est connue
comme écrivain, personnage politique
et mythe féministe: l'abondance et
la qualité de ses dessins et de ses
aquarelles sont généralement
insoupçonnées.
Bien entendu l'arrière-petite-fille
du maréchal de Saxe pratiquait l'aquarelle
des demoiselles, comme elle avait des maîtres
de danse et de piano, et elle tenait de sa
mère, modiste, des dons certains pour
les travaux d'aiguille. Mais de même
que les costumes qu'elle devait coudre pour
le théâtre et pour les marionnettes
de Nohant participaient d'un véritable
travail théâtral et scénographique,
qui hissait les arts populaires au niveau
du théâtre dit sérieux,
ses aquarelles sortirent de la catégorie
des ouvrages de jeune fille pour des explorations
plus systématiques et audacieuses.
Ses talents de costumière ou d'aquarelliste,
à mettre en rapport avec son ouvre
littéraire, sont bien autre chose que
des talents d'agrément.
Une exposition au musée
d'Orsay, à l'automne 2003, montrera
ces différents aspects d'une des figures
les plus étonnantes de la littérature
et des arts du XIXe siècle. On voudrait
ici en poser le premier jalon en mesurant
la place que tinrent les arts visuels dans
la première moitié de la vie
de l'écrivain, leur rôle dans
ses choix professionnels et enfin la manière
dont elle aborda alors la question artistique,
au cour de ses conceptions littéraires
et du jeune romantisme de 1830.
L'écrivain George
Sand nous a laissé d'abondants matériaux
sur la question des arts et de la peinture:
dans Histoire de ma vie, publiée
en 1854-1855, grand récit autobiographique
qui met l'accent sur le roman familial et
les années de jeunesse[2] ; dans sa
correspondance, véritable chef-d'ouvre
de l'art épistolaire, qui trace un
récit au jour le jour très différent,
comme il est normal, de la réécriture
ultérieure de l'autobiographie[3] ;
avec un article du 2 mars 1837 dans Le
Monde, "M. Ingres et M. Calamatta[4]"
; dans le même temps, un roman sur l'art,
Les Maîtres mosaïstes[5],
alors que Balzac révise Le Chef-d'ouvre
inconnu[6], tenu depuis pour le credo
de la pensée romantique sur l'art et
l'artiste, avant de passer, au début
de 1838, quelques jours à Nohant. Quatre
ans après son voyage à Venise,
George Sand a mis au point sinon sa propre
pratique d'artiste, du moins sa doctrine.
***
C'est de sa mère, dessinatrice et adroite
de ses mains, que George Sand dit tenir le
goût du dessin. Et plus généralement
du visuel, pour lequel enfant elle manifeste
une vive sensibilité. Elle se rappelle,
à Nohant, les soirées de lecture
pendant lesquelles elle regardait le feu à
travers un vieil écran de taffetas
vert: le feu "y produisait de petites étoiles
dont j'augmentais le rayonnement en clignant
les yeux", se souvient-elle, plus occupée
à contempler des "merveilles inouïes",
architectures de rêve, fleurs multicolores,
pierreries et fééries, qu'à
écouter ce que sa mère lui lisait.[7]
Elle raconte plus loin les après-dîners
chez son oncle l'abbé de Beaumont,
tous les dimanches soirs. Ils semblent avoir
été l'occasion de sa première
rencontre avec la peinture. Munie d'un bougeoir,
elle allait seule dans le grand salon vide
regarder "les grands portraits de Largillière,
les beaux intérieurs flamands et les
tableaux de maître italiens qui couvraient
les murs.[8]" Elle prend ensuite de mauvaises
leçons de dessin avec une mademoiselle
Greuze, qui se prétend la fille du
peintre, pour en conclure à l'inutilité
des "talents d'agrément[9]". Mais le
véritable choc face à la peinture
lui vient au couvent des Augustines anglaises,
au tout début de sa période
de dévotion, devant un Jésus
au mont des Oliviers qu'elle attribue au Titien
il lui tire des larmes - et un Saint
Augustin qui la précipite dans la lecture
de l'Évangile[10]. Elle a quinze ans;
la dévotion ne va pas durer, mais le
goût de la peinture ne se démentira
jamais.
A lire ses lettres d'enfance
et de jeunesse, on la voit constamment en
train de dessiner, quand elle ne court pas
la campagne. C'est sa grand-mère, Aurore
Dupin de Francueil, qui l'a encouragée,
lui donnant des conseils techniques ou s'enthousiasmant
pour un paysage que lui envoie la jeune fille
et qu'elle compte encadrer: "site, perspective,
reflet des objets dans l'eau, étendue
dans un si petit espace, propreté,
tout est au mieux[11]", déclare-t-elle.
En juillet 1821, Aurore raconte qu'elle part
à cheval, habillée en garçon,
pour aller dessiner "un vieux castel assez
gothique[12]". "Les journées que je
passe ici sont occupées à dessiner,
ou à lire", écrit-elle plus
tard de Nohant à son mari qui voyage[13]
; "Je dessine quand je ne suis pas dehors[14]",
"Je n'ai pas quitté mon dessin jusqu'à
présent [.] je suis tout absorbée
de mes crayons[15]". Elle se consacre surtout
au portrait: celui de sa demi-sour Caroline,
qu'elle envoie à sa mère, autoportrait
qu'elle n'ose pas lui envoyer parce qu'elle
ne le juge pas assez réussi[16] et
que sa mère lui réclame ensuite.
Le 12 janvier 1828, à sa mère:
"Je travaille au petit dessin que je vous
ai promis[17]" ; peu après, ce sont
trois dessins qu'elle lui envoie, en même
temps qu'un "pâté de lièvre
et de perdrix[18]". Le 1er février
1830, elle est fière du portrait de
son fils qu'elle destine à sa mère:
"l'expression y est bien[19]".
Il faut ajouter que George
Sand, à la fin de sa vie, a repris
cet aspect de sa propre histoire, condensée
en miroir et sur le mode ironique et féérique
d'un conte, dans Le Château de Pictordu.
L'héroïne du conte, la petite
Diane, est la fille d'un peintre mondain,
Flochardet, qui méconnaît le
talent de l'enfant ; elle-même deviendra
un grand peintre. Toute petite, elle ne cesse
de dessiner. "Vous
pensez bien qu'elle ne savait guère
; son père ne lui avait jamais donné
de leçons. Il s'était contenté
de lui donner du papier et des crayons tant
qu'elle en voulait pour en faire ses barbouillages
d'enfant dans un coin de son atelier, et
dans ce temps-là, elle essayait de
copier les portraits qu'elle lui voyait
faire. Il trouvait ces essais fort drôles
et en riait de tout son cour, mais il ne
croyait pas qu'elle eût la moindre
disposition pour le dessin, et il était
résolu à ne pas la tourmenter
pour lui faire suivre sa carrière.
"Au couvent où Diane venait de passer
un an, on n'apprenait pas à dessiner.
Dans ce temps-là, on ne recevait
une éducation d'artiste que pour
gagner sa vie, et Flochardet, étant
riche, pensait à faire de sa fille
une vraie demoiselle, c'est-à-dire
une jolie personne sachant s'habiller et
babiller, sans se casser la tête pour
être autre chose.
"Diane aimait pourtant le dessin avec passion,
et jamais elle n'avait rencontré
un tableau, une statue ou une image sans
l'examiner avec une grande attention. Il
y avait dans la chapelle de son couvent
quelques statuettes de saintes et quelques
peintures qui lui plaisaient plus ou moins...[20]"
Tout un pan de l'autobiographie est là:
l'importance de la filiation et de la transmission
d'un savoir-faire, l'initiation par le couvent,
la distinction entre le dessin amateur - ici
dessin d'enfant - et le métier d'artiste,
la récusation de l'image traditionnelle
du féminin, la revendication nouvelle,
pour les femmes de la bourgeoisie du XIXe
siècle, d'avoir un métier. Ce
à quoi Diane, mise en abyme tardive
d'Aurore, parviendra également.
***
Entre temps la jeune femme
s'est initiée à une activité
différente: elle peint et décore
des objets en bois de houx, boîtes à
gants, tabatières, etc., qu'elle offre
à ses proches. Casimir Dudevant, lors
de ses voyages à Paris, est chargé
de lui rapporter les matériaux nécessaires,
les ressources de Nohant étant très
limitées et Aurore exigeante sur la
qualité des couleurs et des vernis
qu'elle étudie avec soin. "Je vous
envoie, ma chère tante, la petite boîte
de Mr Fournier, qui est assez mal polie, vu
que le blanc d'Espagne qu'on trouve à
La Châtre est mal préparé,
qu'il s'y trouve des graviers qui rayent et
que je n'ai osé frotter beaucoup avec.[21]"
Elle continue à tester des blancs qui
résistent à la première
couche de vernis[22]. En juillet 1830, elle
décore de fleurs d'après nature
et de coqs de bruyères sur fond jaune
pâle deux boîtes pour son cher
Aurélien de Sèze, et déclare
y passer six heures par jour. C'est la même
année qu'elle observe les dispositions
de son fils Maurice, qui a sept ans, pour
le dessin, et confie pour la première
fois à sa mère qu'elle rêve
de le voir devenir peintre[23]. Mais la révolution
est venue interrompre ces journées
paisibles occupées à la correspondance,
au dessin et aux tabatières.
En mai et juin 1830, seule
à Paris avec l'enfant, elle lui montre
le diorama de Daguerre, les sculptures de
la cathédrale Notre-Dame, et fréquente
assidûment les deux musées de
peinture parisiens, le Louvre et le musée
royal du Luxembourg. Elle achète et
conserve soigneusement les catalogues, pour
le Louvre la Notice des tableaux de diverses
écoles exposés dans le grand
salon du musée royal elle se
reporte avec intérêt aux datations
des toiles des peintres célèbres
; pour le Luxembourg l'Explication des ouvrages
de peinture et de sculpture de l'école
moderne de France dans le musée royal
du Luxembourg, destiné aux artistes
vivants, tous deux dans des éditions
de 1830 qu'elle conserva dans sa bibliothèque[24].
Ce qu'elle aime surtout, c'est le "musée
des tableaux[25]": "Nous avons passé
la journée [.] à muser au musée",
raconte-t-elle à Casimir[26]. Mais
cette fois elle est accompagnée de
son frère: c'est donc bien pour elle-même,
et pas seulement pour instruire Maurice, qu'elle
consacre du temps à la peinture. Elle
revient dans Histoire de ma vie sur
ces épisodes qui correspondent à
sa véritable découverte de l'art
et des émotions enivrantes qu'il procure.
"Je contemplais, j'étais dominée,
j'étais transportée dans un
monde nouveau [...] Il me semblait avoir conquis
je ne sais quel trésor d'infini dont
j'avais ignoré l'existence. Je n'aurais
pu dire quoi, je ne savais pas de nom pour
ce que je sentais se presser dans mon esprit
réchauffé et comme dilaté
; mais j'avais la fièvre, et je m'en
revenais du musée, me perdant de rue
en rue, ne sachant où j'allais, oubliant
de manger...[27]"
Elle commande à
Candide Blaize, portraitiste parisien alors
en vogue, un portrait de Maurice à
l'aquarelle qu'elle paie 60 francs et en est
assez satisfaite pour lui demander de faire
ensuite le sien, non sans nouer amitié
avec le peintre[28].
Pendant toute cette période, George
Sand se montre sans illusion sur ses propres
dessins son "barbouillage" - et n'y
voit qu'une distraction agréable. "Je
fais des fleurs qui ont l'air de potirons,
mais ça m'amuse[29]", écrit-elle
avec drôlerie à sa mère,
qui dessine elle aussi. D'avril à juin
1831 George Sand est à Nohant et écrit
régulièrement à son ami
Émile Regnault: "Je me porte bien,
je dessine à force. Cela m'amuse toujours",
écrit-elle le 27 avril. "C'est pour
moi une passion comme vous savez, passion
malheureuse s'il en fut ! Mais qu'importe,
si elle me donne des instants de bonheur ?[30]"
Elle s'évertue à faire des portraits
ressemblants: "Je veux m'y appliquer de plus
en plus et finir par vous en envoyer un qui
soit bien.[31]"Elle offre à Émile
Regnault un carnet pour ranger les cartes
de visite orné d'un côté
d'un bouquet de pensées et de l'autre
d'une "composition gothique" dissymétrique,
par horreur très romantique des "rues
tirées au cordeau[32]": emprunt direct
à Notre-Dame de Paris, qui vient
de paraître le 16 mars 1831 chez Gosselin
et qui est entre autres un véritable
manifeste architectural contre le style classique
rectiligne.
Quand George Sand parle
de ses ouvres artistiques, c'est toujours
sur le registre de la dérision: le
carnet est un "brimborion" ; travaillant à
des aquarelles, elle déclare: "Vous
y remarquerez une série de portraits
sur une seule feuille qui vous donnera une
attaque d'apoplexie d'admiration.[33]" Mais
la lucidité ni l'humour ne l'empêchent
de travailler avec sérieux. Voici comment
elle envisage l'aménagement du petit
appartement qu'elle va occuper avec Sandeau,
quai Saint-Michel: "Je voudrais dans le salon
un petit canapé, une table appuyée
au mur pour mettre mes boîtes et mon
attirail, une autre qui me servira de bureau
et qui sera mobile dans le milieu de la chambre.[34]"
La lettre la plus importante, toujours au
même, est du 13 juin: "Plus je dessine,
mon pauvre camarade, plus je m'aperçois
que je ne sais pas dessiner du tout et qu'il
me faudrait sérieusement retourner
à l'école si je veux exercer.
C'est à quoi je suis bien déterminée.
En arrivant à Paris j'entre dans un
atelier et je m'y flatte de ne pas y rester
trois ans comme Decaudin sans avoir sinon
un talent, du moins un moyen assuré
d'exister...[35]"
George Sand a donc songé sérieusement
à gagner sa vie en dessinant et en
décorant ses boîtes. Faute d'originalité,
elle renonce au dessin, jugeant ses talents
consciencieux, sans plus. Quant aux boîtes,
elles les montre à un marchand qui
se fait fort de les vendre. "J'emportai donc
de Paris une provision de matériaux,
mais j'usai mes yeux, mon temps et ma peine
à la recherche de procédés.
Certains bois réussissaient comme par
miracle, d'autres laissaient tout partir ou
tout gâter au vernissage. J'avais des
accidents qui me retardaient, et, somme toute,
les matières premières coûtaient
si cher, qu'avec le temps perdu et les objets
gâtés, je ne voyais, en supposant
un débit soutenu, que de quoi manger
du pain très sec. Je m'y obstinai pourtant,
mais la mode de ces objets passa à
temps pour m'empêcher d'y poursuivre
un échec.[36]"
***
L'année 1831 marque,
à tous égards, un tournant décisif.
Elle se sépare de son mari et quitte
Nohant pour s'installer progressivement à
Paris. Cette fois elle doit acquérir
une entière indépendance économique.
"Je m'embarque sur la mer orageuse de la littérature.
Il faut vivre[37]", écrit-elle à
Jules Boucoiran, le précepteur de Maurice,
tandis qu'elle écrit Aimée et
ses premiers articles pour Le Figaro d'Henri
de Latouche. Elle est décidée
à faire des romans et tâcher
de les vendre[38]: c'est un choix définitif,
mais elle ne le sait pas encore. Elle explique
les choses avec netteté dans Histoire
de ma vie: "... de tous les petits travaux
dont j'étais capable, la littérature
proprement dite était celui qui m'offrait
le plus de chances de succès comme
métier, et tranchons le mot, comme
gagne-pain.[39]" Ce qui est certain c'est
que la publication d'Indiana en mai 1832,
pour la première fois sous le nom de
George Sand, rencontre un succès immédiat
et qu'elle devient définitivement romancière,
confortant sa notoriété dès
l'année suivante avec Lélia.
Elle a trouvé simultanément
un nom, un métier, un moyen de subsister
et la célébrité: sa voie
est tracée et elle ne s'en écartera
pas. Elle s'est découvert pour l'écriture
une véritable passion, outre un goût
véritable pour la politique.
Que faire alors du métier
d'artiste, dès lors qu'elle en abandonne
l'hypothèse ? Elle le remet à
Maurice: puisque ce ne sera pas le métier
de la mère, ce sera celui du fils.
Cette puissante organisatrice, qui aima toujours
à distribuer les rôles autour
d'elle, rencontre le succès auprès
de son premier enfant en lui délégant
la deuxième vocation à laquelle
elle-même vient de renoncer. On n'a
pas de traces de l'éducation patiente
à laquelle elle dut se livrer pour
lui apprendre le dessin et cultiver chez
lui l'amour des arts. Mais la correspondance
nous renseigne lors de leurs séparations,
quand l'un est à Nohant et l'autre
à Paris: elle lui fait un véritable
petit compte-rendu du Salon de 1831, en décrivant
les tableaux et les sculptures susceptibles
de lui plaire ; à l'automne, elle lui
envoie une boîte de peinture, un chevalet
et des gravures à colorier. "Il y a
aussi une jolie collection de couleurs, ménage-les
un peu. Tu les fondras dans les godets ou
soucoupes que tu trouveras au fond de la boîte
avec un porte-crayon d'argent, des pinceaux
et plusieurs sortes de crayons. Quand tu auras
colorié toutes les gravures qui sont
dans cette boîte je t'en enverrai d'autres.[40]"
Maurice lui envoie régulièrement
ses dessins ; en décembre 1832 elle
lui offre pour ses étrennes des livres
d'images, des albums et un calepin. "Moi je
conserve précieusement tout ce que
tu me donnes. J'ai de tes premiers gribouillages,
je te les montrerai quand tu seras grand.
Cela te fera bien rire.[41]" Témoignage
ordinaire de piété maternelle,
qui comporte en plus l'escompte d'un talent
qui doit se développer et évaluer
les progrès accomplis depuis l'enfance.
Elle lui demande fréquemment des nouvelles
de ses dessins. Quand elle part pour Venise
avec Musset, elle confie Maurice à
sa mère et lui envoie deux objets de
première nécessité: le
lit de l'enfant et sa boîte de peinture[42].
Et quand Maurice, désormais interne
au collège Henri IV, déclare
qu'il veut renoncer aux cours de dessin, elle
déploie une énergie considérable
pour le faire changer d'avis, en intervenant
auprès de lui à plusieurs reprises,
auprès de son père, et même
auprès du professeur. Elle souhaite
qu'on lui fasse "copier des académies,
c'est-à-dire, des corps humains nus
dans toutes sortes de positions. Cela est
indispensable, quelque chose que tu veuilles
faire plus tard, en dessin ou en peinture.[43]"
Après l'éducation maternelle,
elle passe à l'argumentaire pédagogique.
À la fin du mois
de mai 1836, elle adresse à son amie
Zoé Leroy une grande lettre de confidences
personnelles. Voici en quels termes, qu'on
se gardera de commenter, elle parle de son
fils: "C'est mon ami, c'est mon amant. Il
a quatorze ans. Son intelligence n'est pas
extraordinaire sous le rapport des études
mais il a de grandes dispositions pour les
arts.[44]" Dans le même temps, à
Maurice, cette leçon de morale romantique:
"Mieux vaut être un pauvre artiste dans
une petite mansarde avec ton vieux George
que d'être l'esclave de riches insolents.[45]"
Enfin en février 1837, à son
ami le graveur Luigi Calamatta: "Il faut qu'il
soit peintre. Il n'a de passion que pour cela.[46]"
Transfert réussi: Maurice est sa chose,
il aura Delacroix comme maître en peinture
et il épousera Lina, la fille de Luigi
Calamatta. Quant à l'appréciation
que l'histoire fera du talent de Maurice Sand,
c'est une autre affaire: il a lui-même
raconté que Delacroix se désolait
d'un si mauvais élève.
George Sand, pour sa part, ne renonce pas
définitivement au dessin. Dans la dernière
partie de sa vie, à Nohant, toujours
aux côtés de son fils, au cour
de l'atelier familial[47], elle reprendra
une deuxième carrière de dessinatrice
et d'aquarelliste, mais cette fois, clairement,
en amatrice: d'où peut-être une
plus grande liberté qui va contribuer
à l'inventivité et à
la qualité de ses ouvres graphiques,
et surtout de ses dendrites.
Pendant ces mêmes
années du début de la monarchie
de Juillet, cette femme devenue d'un coup
célèbre, ajoutant à sa
réputation littéraire une liberté
de mours et d'allures provocante pour ses
contemporains, prend l'habitude de poser pour
des portraits: en médaillon par David
d'Angers, dont elle accepte volontiers, en
juillet 1833, la demande transmise par Gustave
Planche ; au crayon et à la plume par
Alfred de Musset, qui multiplie les croquis
; en peinture par Delacroix, qui fait d'elle
un premier portrait pour lequel elle pose
à l'automne 1834, et qui marque la
naissance d'une grande amitié. "Je
suis trop malade aujourd'hui pour aller vous
ennuyer de ma triste figure. Voulez-vous,
Monsieur, que nous remettions la séance
à demain ?[48]" À la demande
de François Buloz qui le publie le
15 juillet 1836 dans la Revue des Deux Mondes,
le graveur Calamatta reproduit ce portrait
légèrement modifié, ce
qui ne va pas sans causer un réel déplaisir
à Delacroix qui n'a pas été
consulté. Elle aime surtout le dessin
d'elle à la mine de plomb, rehaussé
de blanc, qu'elle réclame à
Calamatta le 12 juillet 1837: "Vous m'avez
vue avec les yeux du cour.[49]" Boilly fait
d'elle une lithographie pour la Biographie
des femmes auteurs contemporaines, en 1835-1836.
Il est encore question en 1837 d'un portrait
fait lors du voyage en Suisse par la genevoise
Nancy Merienne, d'un buste par le sculpteur
Bra, sans compter les croquis et caricatures
d'elle par Liszt ou, bien entendu, par Maurice
Sand. En 1838, le grand portrait ovale d'Auguste
Charpentier et le célèbre second
portrait de Delacroix fixent l'image de George
Sand jeune pour la postérité.
C'est dire la familiarité
de l'écrivain avec le monde artistique
et les ateliers. Elle ne devient pas pour
autant critique d'art, mais l'affaire Calamatta-Delacroix
la gêne suffisamment pour qu'elle décide
d'intervenir. Le 23 juin 1836, elle écrit
à Christine Buloz, la femme de son
éditeur: "Il fera quant au portrait
ce qu'il voudra. Je ne sais pas pourquoi Calamatta
n'a pas mis le nom de Delacroix au-dessous.
Je ne sais pourquoi Delacroix trouverait mauvais
que j'aie donné des séances
à Calamatta. Je ne pouvais pas les
lui refuser, et puis je déclare sur
l'honneur que je les ai crues nécessaires
pour tout portrait gravé.[50]" Elle
dit le vrai sans le comprendre tout de suite:
ou c'est une gravure d'interprétation,
et le nom du peintre devait figurer devant
celui du graveur ; ou c'est une ouvre gravée,
et elle prétend à l'autonomie
même si elle s'inspire d'une ouvre antérieure,
d'autant que si le modèle a posé
sur la gravure, c'est que l'artiste en a modifié
les traits par rapport à la peinture
initiale. Ce qui est en effet le cas, même
si l'on peut s'interroger sur l'attitude de
Calamatta envers Delacroix.
Or George Sand prend sa
défense et organise la publicité
de Calamatta en demandant à Planche
et à Janin d'écrire des articles
sur son nouvel ami. "On ne s'occupe pas assez
des services que l'art consciencieux du graveur
rend à l'art sublime du peintre", ajoute-t-elle
à l'intention de Gustave Planche[51].
Elle contribue elle-même à cette
campagne par son article du Monde, qui paraît
le mois suivant, "M.Ingres et M. Calamatta[52]",
plaçant de fait le sublime et le consciencieux
à égalité dans son titre.
Après avoir fait l'éloge du
Vou de Louis XIII d'Ingres, dont la Vierge
lui paraît "la plus belle création
sacrée que notre siècle ait
produite en peinture", et qu'elle compare
à L'Assomption vénitienne du
Titien, elle en vient à la gravure
de Calamatta qui lui a coûté
sept ans de travail et plusieurs voyages d'étude
en Italie, pour un résultat d'"une
perfection qui ne laisse rien à désirer."
"M.Calamatta est le M. Ingres de la peinture",
déclare George Sand ; "nul mieux que
lui n'a le sentiment du beau et la puissance
de le reproduire fidèlement [.] Pour
Calamatta, l'art est une religion." Elle plaint
le pauvre artiste qui vit, indifférent
au succès, dans sa mansarde, s'effaçant
derrière son maître alors que
son art est à part entière.
Ajoutons au passage que
les éléments manquent pour se
faire une idée nette des connaissances
et des goûts de George Sand jusqu'à
cette date en matière de peinture contemporaine[53].
Qu'amie, certes récente, de Delacroix,
elle juge bon de parler d'Ingres de manière
dithyrambique peut surprendre, aussi bien
pour des raisons personnelles que pour des
raisons esthétiques. L'éloge
d'Ingres, à vrai dire, restera ponctuel,
et probablement instrumental ; sa Visite à
Eugène Delacroix, datée de janvier
1841, comprend un vrai débat critique
sur les insuffisances du génie ingresque,
et en particulier sur le fait qu'il substitue
la "coloration" à la couleur[54].
Au-delà de la volonté
d'excuser Calamatta, vis-à-vis de Delacroix,
par un moyen indirect, et de promouvoir son
travail de graveur, on entrevoit un enjeu
plus important. Il s'agit d'une conception
nouvelle de l'art où les hiérarchies
classiques chancellent, où la gravure
se hisse à l'égal de la grande
peinture, où la reproduction atteint
à l'idéal au même niveau
que l'original, ce qui est d'un point de vue
académique totalement hétérodoxe.
Mais ce qui est, du point de vue du romantisme
français dont George Sand est l'un
des acteurs, un déplacement considérable,
appelé à produire d'importants
effets. Il n'y a pas pour elle de grande musique
et de petite romance, de grand genre au théâtre
et de marionnettes puériles, de même
que la langue populaire ou régionale
peut s'avérer poétiquement plus
productive, en 1830, que la rhétorique
sublime. Affirmation pour elle essentielle:
dans Le Théâtre de marionnettes
de Nohant, le dernier texte publié
avant sa mort, elle rappelle l'estime de Delacroix
pour le travail des décorateurs de
théâtre et sa passion pour les
papiers peints. "... je l'ai vu s'extasier
devant des scènes militaires reproduisant
des tableaux connus, sur des papiers de salles
d'auberge ou de cabaret. Devant ces reliefs
habilement enlevés et les rudes effets
si simplement obtenus, il s'écriait
que ces copies naïves étaient
plus savantes et plus dans les lois de l'art
vrai, que les tableaux qu'elles reproduisent.[55]"
Nous ne sommes plus très loin de Rimbaud
et de son goût pour les images populaires
et dérisoires.
La réinterprétation
ou la reproduction d'une ouvre, si elle atteint
à la beauté de l'ouvre originale,
dans un langage plastique qui lui est propre,
ne saurait être tenue pour secondaire.
Elle en constitue non la dégradation
mais la renaissance et même, dans certains
cas comme celui de la mosaïque, l'inscription
victorieuse dans le temps.
***
On s'arrêtera au
seuil de son roman vénitien, Les
Maîtres mosaïstes. Dans la
troisième des Lettres d'un voyageur,
publiées dans la Revue des Deux
Mondes du 15 septembre 1834, George Sand
évoque les mosaïques du dôme
de Torcello. "C'est de Venise que l'art de
la mosaïque s'est répandu dans
toute l'Italie, et ces fonds d'or qui donnent
un si grand relief aux figures, et se conservent
si intacts et si brillants sous la poussière
des siècles, sont formés de
petites plaques de verre doré que l'on
fabriquait à Murano, île voisine
de celle-ci. Peu à peu l'art du dessin,
perdu en Grèce et retrouvé en
Italie, s'appliqua à rectifier la mosaïque,
et les dernières qui furent exécutées
dans l'église de Saint-Marc, par les
frères Zuccati, avaient étédessinées
par le Titien.[56]" Ce dernier détail,
le seul d'un survol si rapide, est le germe
du roman.
Roman atypique d'abord
par l'originalité de son sujet, ensuite,
pour la romancière, par un scrupule
d'exactitude et de documentation qui en fait
un véritable roman historique[57].
L'origine du roman est à chercher au
croisement de la question artistique, posée
en permanence, et du voyage à Venise.
Sa genèse, elle, transparaît
dans la correspondance de mai à juillet
1837. C'est d'abord un échange de courrier
avec Gustave Planche, auquel elle demande
conseil pour le titre et qui lui donne des
renseignements sur les mosaïstes italiens[58],
et avec Calamatta qui est prié, en
mai, de lui décrire les costumes des
artistes vénitiens "du temps de Titien
et de Tintoret"; en juillet elle lui annonce
la parution de sa "bluette" et écrit:"j'ai
beaucoup pensé à vous en traçant
le caractère de Valerio. J'ai pensé
aussi avec sympathie à votre fraternité
avec Mercuri.[59]" C'est aussi sa correspondance
avec Buloz pour régler les questions
éditoriales. Elle prévient que
les trois pages promises pour la revue vont
doubler et, sauf opposition de Buloz, lui
en demande 1000 francs[60] ; s'il n'en veut
pas elle les publiera directement en volume.
Elle s'engage à terminer le manuscrit
sous huit jours, au terme desquels elle ne
lui en livre qu'une moitié, en échange
de cinq cents francs et de la restitution
de ses manuscrits, que Buloz a gardés,
et surtout de celui des Maîtres mosaïstes.
"Maurice exige particulièrement celui
que je vous envoie aujourd'hui et qui lui
est adressé. La dédicace est
longue et fait une sorte d'avant-propos.[61]"
Le roman elle parle parfois d'une "nouvelle"
- paraît le 15 août dans la Revue
des Deux mondes. Elle aura trois mille
francs pour la publication en volume séparé,
après avoir envisagé de le joindre
à Mauprat.
Les Maîtres mosaïstes
sont donc dédiés à Maurice,
le futur peintre qu'elle même n'aura
pas été. Notons au passage qu'il
s'agit, fait exceptionnel chez elle, d'un
roman d'hommes. La littérature pour
elle, l'art pour lui, comme on le voit dans
la belle préface écrite à
Nohant en mai 1852:
"J'ai écrit
les Mosaïstes en 1837, pour
mon fils, qui n'avait encore lu qu'un roman,
Paul etVirginie. Cette lecture était
trop forte pour les nerfs d'un pauvre enfant.
Il avait tant pleuré, que je lui
avais promis de faire un roman où
il n'y aurait pas d'amour et où toutes
choses finiraient pour le mieux. Pour joindre
un peu d'instruction à son amusement,
je pris un fait réel dans l'histoire
de l'art. Les aventures des mosaïstes
de Saint-Marc sont vraies en grande partie
[...]
"Je ne sais pourquoi j'ai écrit peu
de livres avec autant de plaisir que celui-là.
C'était à la campagne, par
un été aussi chaud que le
climat de l'Italie que je venais de quitter.
Jamais je n'ai vu autant de fleurs et d'oiseaux
dans mon jardin. Liszt jouait du piano au
rez-de-chaussée, et les rossignols,
enivrés de musique et de soleil,
s'égosillaient avec rage sur les
lilas environnants."
Tandis qu'Alfred de Musset publie Le
Fils du Titien, roman de la faiblesse
et de l'échec en ce sens comparable
au Chef-d'ouvre inconnu, George Sand
écrit le roman d'une victoire chèrement
arrachée. L'éloge du travail,
le fils et la mère, l'union des arts,
la dialectique de l'art et de la nature,
le jardin du paradis: on ne saurait trop
insister sur l'importance de ce petit roman
méconnu, sur lequel il faudra revenir.
Iconographie
Aurore de Saxe
Aurore Dupin
1810
Pastel
Paris, musée de la Vie romantique
Candide Blaize
Aurore Dudevant
1830
Pastel
Paris, musée de la Vie romantique
Auguste Charpentier
George Sand
1838
Huile sur toile
Paris, musée de la Vie romantique
Eugène Delacroix
George Sand
1838
Huile sur toile
Copenhague, Ordrupgaardsamlingen
George Sand
Boîte de Spa aux trois brins de muguet
et fleurs des champs
1831
Paris, Institut de France, Bibliothèque
Spoelberch de Lovenjoul
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[1] Dans l'édition des Ouvres autobiographiques
de George Sand, établie par Georges
Lubin, Gallimard, Pléiade, 1971, deux
vol., qui est l'édition de référence.
Ici au t.II, Journal intime, 25 novembre 1834,
p.967.
[2] Ouvres autobiographiques
1971, t.I et II.
[3] Correspondance
de George Sand, édition Georges Lubin,
Garnier frères, deuxième édition,
1964-1991, XXV vol.
[4] Maurice Sand et Lina
Calamatta reprirent cet article, parmi d'autres,
en 1878, dans Questions d'art et de littérature,
chez Calmann-Lévy.
[5] Le roman est d'abord
publié en feuilleton dans la Revue
des deux mondes de Buloz, à partir
du 15 août 1837, puis l'année
suivante en volume chez Bonnaire. Je remercie
Annarosa Poli, qui a bien voulu me communiquer
son édition de 1966, chez Sansoni,
"Collana di classici francesi", Florence.
[6] La première
édition datait de 1831.
[7] Histoire de ma
vie, I, p.630-631.
[8] Ibid., p.664.
[9] Ibid., p.724.
[10] Ibid., p.947.
[11] Cité au t.I
de la Correspondance, p.22-23.
[12] Lettre n°30,
p.69.
[13] Lettre à Casimir
Dudevant, 28 octobre 1828, n°202, t.I,
p.466.
[14] Ibid., 3 novembre,
n°206, p. 473.
[15] 15 avril 1829, lettre
n°230, p.515.
[16] Lettre du 17 juillet
1827, n°156, p.393.
[17] Lettre n°176,
p.433.
[18] Lettre n°179,
p.436.
[19] Lettre n°272,
p.598-599.
[20] Contes d'une grand-mère,
première série, "Le Château
de Pictordu", 1er février 1873, Meylan,
Éditions de l'Aurore, 1982, p.54.
[21] Lettre à Mme
Gondoüin Saint-Agnan du 16 octobre
1830, n°322, p.716.
[22] Lettre n°384,
mai 1831, p.871.
[23] Lettre n°317,
7 septembre 1830, page 698.
[24] Lettre n°313,
9 août 1830, p.689.
[25] Lettre n°297,
5 juin 1830, p.656.
[26] Lettre n°298,
8 juin, page 657.
[27] Histoire de ma
vie, II, p.107.
[28] Les deux portraits
sont actuellement conservés au musée
de la Vie romantique, dépôt
du musée Carnavalet.
[29] Lettre n°323,
du 22 octobre 1830, page 720.
[30] Idem, lettre n°379,
27 avril 1831, p.851.
[31] Idem, lettre n°382,
10 mai 1831, p.862.
[32] Idem, n°383,
mai 1831, p.863-864.
[33] Idem, n°384,
mai 1831, p.871.
[34] Idem, n°388,
30 mai 1831, p.883.
[35] Lettre n°393,
p.897. Decaudin était un ami berrichon
qui avait, apparemment sans grand résultat,
étudié la peinture.
[36] Histoire de ma
vie, II, p.105.
[37] Le 12 janvier 1831,
lettre n°340, p.777.
[38] Lettre à Émile
Regnault, 2 mai 1831, n°380, p.855.
[39] T. II, p.101.
[40] Lettre n°433,
octobre 1831, p.974.
[41] T. II, lettre n°559,
p.204-205.
[42] Ibid., lettre du
12 décembre 1833, n° 730, p.459.
[43] Lettre de décembre
1834, n°870, p.771.
[44] T. III, lettre n°1183,
p.410.
[45] Ibid., lettre n°1160,
p.845 (lettre déplacée).
[46] Lettre n°1376,
p.698.
[47] "Il y a chez George
Sand, en rupture de famille, une nostalgie
de reconstituer une autre famille, une famille
d'élection, une famille d'artistes.
Ce mythe de la famille d'artistes circule
un peu partout dans son ouvre", écrit
Béatrice Didier dans l'introduction
de George Sand écrivain. "Un grand
fleuve d'Amérique", PUF, 1998,
p.19.
[48] Lettre n°850,
t.II, p.747.
[49] Lettre n°1559,
t.IV, p.149.
[50] Lettre n°1199,
t.IV, p.440.
[51] Lettre du 17 février
1837, n°1375, t.III, p.695.
[52] Article repris dans
Questions d'art et de littérature,
Calmann-Lévy, 1878, voir la note
4. Réédition par Henriette
Bessis et Janis Glasgow, Des Femmes, 1991,
p.101-107.
[53] On ne sait quelle
place a prise Pagello auprès d'elle
en matière d'initiation à
la peinture, lors du séjour à
Venise. Mais ce qu'il écrit à
son père en arrivant à Paris-
il ne verra pratiquement plus George Sand
- mérite d'être cité:
"Je te dirai seulement que, des tableaux
anciens et peut-être modernes des
grands maîtres français, il
vaut mieux voir les gravures, car ils ne
sont pas réputés pour leur
palette, bien au contraire, les couleurs
de leurs tableaux sont toutes passées
et sans harmonie, au point de ne pas en
croire ses propres yeux ; et non seulement
Le Brun, mais aussi David et les plus modernes.
En ce qui concerne la composition, ils sont
grands quand ils traitent des faits contemporains,
mais dans les sujets héroïques
ou religieux, ils ont un certain style affecté
qui est entre le grec, le romain et les
danseuses de l'opéra, au point que
je ne sais m'y habituer, ni ne sais y discerner
un sentiment héroïque élevé,
ni inspiration religieuse, ni pureté
de goût..." (lettre du 15 septembre
1834, Pietro Pagello, Da Parigi a Genova,
publié par Anna-Rosa Poli, Présence
de George Sand n°28, Echirolles,
mars 1987). Baudelaire dira la même
chose une dizaine d'années plus tard.
[54] Repris dans Impressions
et Souvenirs, Michel Lévy, 1873,
p.72-90.
[55] Ouvres autobiographiques,
t.II, p.1271.
[56] Ibid., p.732.
[57] Comme l'a montré
Henri Lavagne, "Les Maîtres mosaïstes:
entre l'Histoire et l'histoire de l'art,
les "écarts" de la romancière",
in George Sand. L'écriture du
roman, actes du XIe colloque international
George Sand, université de Montréal,
1996.
[58] T.IV, lettre n°1495
de la mi-mai, p.68. La réponse est
du 25.
[59] Paolo Mercuri, peintre
et graveur, était un ami de Luigi
Calamatta. T.IV, lettre 1559, p.151.
[60] Lettre n°1535,
12 juin 1837, t.IV, p.120-121.
[61] Lettre n°1547,
19 juin, ibid., p.137. |
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