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George Sand at Nohant by Françoise Gilot. Copyright 1986
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Compte rendu du colloque
“George Sand et les Empires Littéraires”
La Nouvelle Orléans, du 5 au 8 décembre 2002, Etats-Unis.
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Quelques semaines avant le bicentenaire de la vente de la Louisiane aux Etats-Unis en 1803 par Napoléon Bonaparte, le colloque international “George Sand et les Empires Littéraires”, réunit un nombre important de chercheurs français, italien, japonais, irlandais et américains près du Vieux Carré. Harmonieusement organisé par Anne McCall de l’université de Tulane, qui fut discrètement très attentive à tout, ce colloque brilla par la haute tenue des interventions classées sous différentes rubriques impériales: celle des pays étrangers, celle de l’esprit, puis les mouvements de résistance contre leur oppression par certaines grandes figures du temps et dans les romans sandiens. Trois séances plénières sont à souligner.

Nicole Mozet (Paris VII) observa le premier rang occupé par George Sand dans l’Empire des Lettres au XIXe siècle et une disparution posthume au XXe. A l’audace du premier pas et la notoriété de Sand dans la prose, Nicole Mozet souligne l’obstination de l’écrivain et son oeuvre abondante dont le nombre de volumes est comparable à celui de La Comédie humaine. Par la diffusion de son oeuvre complète, Sand essaya bien de la faire lire à un public peu fortuné mais l’abondance de ses récits lui aurait nui ainsi que son appellation d’écrivain régionaliste.

C’est au Centre de Recherches sur les Femmes, à l’université de Tulane, que Janet Beizer (Harvard) nous développa en anglais, sous le titre de “George Sand and the Empire of Family”, la thèse des romans champêtres, symboles de la lutte politique après la répression de la révolution de 1848. La chanson du laboureur met en scène la nature, les saisons. Pour Sand, l’oeuvre du paysan est supérieure à celle de l’artiste. La petite Fadette magicienne révolutionnaire, le mariage de François le Champi avec sa tutrice , l’atmosphère troublante de la Mare au Diable, tout cela souligne les malaises du moment et l’ambiguïté des relations familiales autant que politiques. Les pastorales sont un art d’une critique très fine en temps de révolution, le chanvreur est aussi un chanteur qu’il nous faut écouter. Sa mélodie est une Marseillaise déguisée.

L’excursion à la plantation Laura nous fut préparée par Doris Kadish (Université de Georgia à Athens) dans la troisième séance plènière. A l’aide de diapositives, nous prîmes connaissance de la famille Lacoul et du rôle de ses femmes fortes, âpres au gain et esclavagistes, du conflit créole et anglophone après la vente de la Louisiane et durant la guerre de Sécession. Notons que le mot “créole” se réfère aux générations françaises nées en Louisiane et non pas au métissage. L’épopée de cette famille intéressa si fort que certains d’entre nous voulurent après le colloque, en savoir plus sur ce conflit de langue , de race, et mode de vie de maîtres et esclaves en s’inscrivant à une excursion de plus de deux heures concernant la maison créole d’hiver, au coeur même du Vieux Carré. Visite recommandée.

Le corpus des sessions était réparti en différentes rubriques. Celle des “Territoires étrangers: fantaisies et réalités” présidée par Raymonde Bulger, nous permit d’entendre Pratima Prasad, Simone Balazard, Thelma Jurgrau et Bernard Hamon qui nous firent voyager dans l’île Bourbon chez Indiana, en Algérie avec Maurice, dans le Mississippi avec le théâtre de George Sand et en Autriche durant la guerre de 1866. Dans la catégorie “Des Empires et de l’Indépendance” présidée par David Powell, Catherine Mariette-Clôt, Gilbert Chaitin, Caroline Jumel, Philippe Régnier, nous emmenèrent dans l’empire de la volonté, de la politique du roman à thèse, et parlèrent du malaise sociopolitique et des pratiques sandiennes de l’indépendance, de Pierre Leroux au Prince Napoléon. “Les Représentations de Résistance” présidée par Martine Reid, furent étudiées par Catherine Masson, Jacinta Wright, Annabelle Rea et Michèle Hecquet, avec le paupérisme à la scène, le bandit révolutionnaire, l’adoption, motif contre le règne de la famille bourgeoise, et la figure de Jappeloup dans Le péché de Monsieur Antoine.

Le vendredi, la session des “Femmes Impériales” était parallèle à celle sur les “Impératifs des genres”, session présidée par Lauren Fortner dans laquelle Nathalie Buchet Rogers, Nigel Harkness, Aimée Boutin, Damien Zanone intéressèrent l’audience en parlant de Valentine, des hommes et de leur parole d’honneur, de La Reine Mab et de Corambé et l’empire sans limite du roman. Susan McCready présidait l’autre session. Florence Vatan, Shawn Morrison, Laura Colombo, Lucy Schwartz y parlèrent de George Sand et Louise Colet, de La ville noire et de son espace féministe sous Napoléon III, de la politique des femmes sous le Second Empire et d’une prose anti-napoléonienne avec Quintilia Cavalcanti. Présidée par Annabelle Rea, la session des “Empires critiques” souligna l’empire de la poésie ouvrière étudié par Christine Planté, nous donna un converti sandien avec John T. Booker et sa critique de l’empire d’Indiana. Martine Reid et Shira Malkin nous parlèrent d’une réalité perdue: le folklore de La petite Fadette et de la dette envers Sand en ce qui concerne l’impérialisme du théâtre. “Transmissions, traductions et transferts”, présidée par Maryline Lukacher, nous fit entendre Isabelle Naginski dans “Lélia, filiations invisibles”. Puis Françoise Massardier-Kenney et Gretchen VanSlyke nous révélèrent la difficulté de conserver la simplicité de la prose sandienne dans les traductions en anglais. “Vues d’ensemble” fut présidée par Isabelle Naginski. Des diapositives présentées par Nicole Savy nous préparèrent à la prochaine exposition Sand au Musée de la Vie Romantique à Paris de juillet à octobre 2004. Catherine Nesci nous fit entrer dans la littérature panoramique du Diable à Paris , en soulignant le regard éthique et l’écriture du droit chez Sand.

Le samedi, une deuxième session sur les “Représentations de résistance” présidée par Jenny Sheppard, donna la parole à Martine Watrelot sur le campagnonnage, à Julia DiLiberti sur le voyage dans le crystal, Haruko Nishio dans la représentation du masque dans le monde romanesque de Sand et Ruth Capasso sur La Coupe, monde à part. Les deux sessions finales sur “Dominion Domination” et Désirs régnants” présidees par Nancy Rogers et Mary Anne Garnett, furent à nouveau parallèles. Dans la première, David Powell nous parla de l’Uscoque avec projection de peintures, Rosemary Lloyd des Maîtres sonneurs et de la réponse de Sand à l’Empire tandis que Maryline Lukacher analysa l’empire des sens dans Leone Leoni et Mary Rice-Defosse l’empire des maîtres et esclaves dans Monsieur Sylvestre. Alexandra Wettlaufer, Hollie Harder, Mary Jane Cowles et Anne-Marie Baron présentèrent la place du fils dans Elle et lui, l’économie du désir dans François le Champi et la domination du biographique dans les films consacrés à Sand.

La convivialité fut grande pendant les petits déjeuners et les pauses café, l’élégant et délicieux buffet de hors-d’oeuvre de l’université de Tulane après la séance plènière de Janet Beizer et le banquet du samedi soir. Bien des participants avaient été reçus à leur arrivée à une reception de pré-ouverture du colloque le mercredi soir chez nos hôtes Anne McCall et Alain Saint-Saëns. La plupart eurent aussi l’occasion de flâner dans le Vieux Carré, tout près de notre hôtel, d’écouter du jazz dans l’authentique Preservation Hall où les amateurs se tiennent debout ou assis au ras du sol aux pieds des musiciens de la vieille école. La Nouvelle Orléans est le berceau du jazz. L’enthousiasme pour le café-restaurant chez Maman (Mother’s) à deux pas de l’hôtel, ne connaîtra jamais plus de bornes. Les Français furent ravis de cotôyer toutes les catégories d’Américains dans ce petit bistro d’une simplicité extrême, aux petits déjeuners copieux pendant lesquels on lit son journal ou bavarde au sujet du dernier match de foot, aux repas new-orléanais d’écrevisses à l’étouffée, de crabes ou de poisson-chats. Les participants d’outre-mer goûtèrent l’atmosphère à la bonne franquette de cette ville qui fut française il y a plus de deux cents ans et conserve encore un charme exotique contagieux au rythme syncopé de jazz et à la fois une ambiguïté paradoxale de division et d’harmonie de race, de quartier, de langue, de dominance et de liberté, vu l’aspect un peu canaille et très cosmopolite de la rue Bourbon.

Cordialement dans l’esprit sandien avec nos remerciements pour le prodigieux travail d’Anne McCall, notre si aimable hôtesse. Je vous bige, comme disait George Sand.

Raymonde A.Bulger.

Nous tenons à remercier Michèle Hecquet, la responsable de la revue des Amis de George Sand, de nous avoir permis de reproduire ce compte rendu qui a paru dans le numéro de 2003 (nouvelle série n. 25).

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